
Jusqu'à octobre 1990, la musique ne signifiait pas grand chose pour moi. C'était NRJ, RTL en journée, RFM, Le
6-9 d'Arthur sur Fun Radio, France Infos ...
A cette époque, mes cinq albums préférés étaient :
*Off the wall, de Michael Jackson
*Introducing the hardline according to Terence Trent d'Arby, du dit TTDA
*Let love rule, de Lenny
Kravitz
*Tres hombres, de ZZ Top
*Black celebration, de Depeche Mode





Pas trop honteux, mais bon, en dehors de ça, j'écoutais énormément d'horreurs sans nom.
Entre 1984 et 1987, j'apprenais même par coeur les classements du TOP-50 plutôt que mes leçons d'histoire-géo et de physique-chimie (deux des matières dans lesquelles je me ramassais le plus de
tôles).
En septembre 1990, le bac obtenu presque par miracle quelques mois plus tôt, je décide alors de quitter l'étouffant giron familial et de "tenter" ma chance à Lille, en première année de
pharmacie (c'est surtout que ces études ne se suivaient pas dans le valenciennois et que l'éventualité d'avoir un pharmacien dans la famille flattait l'orgueil de mon père).
A 17 ans, on est forcèment influençable et je me laisse donc entraîner dans quelques fêtes étudiantes.
Vers la fin octobre, je rentre de l'une d'entre elles un peu avant 2 heures du matin et, en regagnant mon cagibi d'étudiant, j'allume la radio pour connaître le résultat d'un match de
foot (sport que je suivais encore à l'époque).
RTL ... (J'apprendrai plus tard qu'il s'agit des Nocturnes de Georges Lang).
2 chansons s'enchaînent avant la trompette du flash infos : Like a hurricane & After the gold rush, de Neil Young. Je
bloque complètement ...
Surtout sur After the gold rush.
C'est qui ce gars-là, qui ne sait même pas chanter et pourtant m'émeut au plus haut point ?

Ma vie musicale bascule à cet instant.
Mon année de pharmacie se déroule en dilettante et un confrère m'invite chez lui pour écouter la collection des vinyles de Neil Young appartenant à son père.
Ce dernier, voyant que j'apprécie ce qu'il considère comme étant les pièces maîtresses de sa discothèque se décide alors à me faire écouter et à me copier sur K7 (vous n'avez jamais fait ça,
ignorants pro-Hadopiens ? ) des dizaines et des dizaines d'albums de blues (John Lee Hooker, John Mayall, ...), de jazz (essentiellement Miles
Davis, Thelonious Monk, du "New Orleans Sound" à la King Olivier et Louis Armstrong, et Duke Ellington), et de
folk américain et anglais des années 70 (pour la plupart assez confidentiels).
C'est très probablement la découverte de toutes ces pépites d'un autre âge qui me permet, Dieu merci, d'échapper à la majorité de la production gruge et à l'émergence de l'indie.
Vous comprenez ainsi d'où viennent mes lacunes et mon rejet quasi-total de ces domaines.
En février 1993, commençant à avoir fait le tour de toutes les K7 enregistrées par le père de mon ancien collègue, je décide de m'inscrire à la Bibliothèque Municipale.
La Caverne d'Ali Baba ...
Plus de 15000 CD m'attendent, moi, mes oreilles et mon enregistreur.
Je commence bien entendu par emprunter les albums de Neil Young en CD en essayant d'éviter soigneusement ses années 80.
Puis viennent les Beatles, les Rolling Stones, les Smiths, Simon & Garfunkel, Leonard Cohen et beaucoup de
musique du monde.
Du bonheur ...
Un samedi après-midi de mai 1993, la discothèque était bondée. Je dépose mes emprunts précédents (dont Bridge over troubled water et un album de Fela) à
l'entrée et me résoud donc, devant l'affluence, à me contenter des CD préclassés dans les bacs des "rendus du jour".
En fouillant, je suis attiré par deux pochettes au graphisme assez particulier.
Il s'agit de deux albums d'un gars dont je n'ai jamais entendu parler, ni d'Eve ni d'Adam.
Allez, je me laisse tenter et les emprunte.
Ma main de Dieu à moi ?
L'un de ces deux albums fera, dès sa première écoute, une entrée fracassante dans mon TOP-ALBUMS et la paire me permettra de rencontrer l'un des artistes dont je suis encore aujourd'hui la
carrière avec passion.
Son dernier album, At the cut, publié il y a quelques semaines
aux USA et qui devrait sortir la semaine prochaine dans notre vieille Europe, est d'ailleurs une véritable petite merveille.

Allez, les fans l'auront deviné, ce mystérieux chanteur n'est autre que Vic Chesnutt.

Les deux albums empruntés à la Bibliothèque en ce mois de mai 1993 sont West of Rome et ...


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