
Fruteland Jackson ... est un immense gaillard d'une bonne cinquantaine d'années (il est né en 1953 dans l'Etat du Mississippi) qui
nous propose du blues et de la musique américaine d'une beauté stupéfiante depuis déjà plus de 15 ans. Son nouvel album, TELL ME WHAT YOU SAY, sorti il y a deux mois, ne déroge pas
à la règle et s'est installé tranquillement tout en haut de mon hit-parade 2007, en compagnie du LIVE IN DUBLIN de Bruce Springsteen.
Ces deux albums sont là pour nous rappeler que la musique a une histoire et de vraies racines et surtout que pour s'inscrire dans la durée, elle doit, non seulement ne pas trouver
sa base dans de gros "coups commerciaux", mais aussi essayer d'être la plus naturelle possible.
Je suis tout à fait conscient d'être un peu / beaucoup incohérent avec mon propre classement. Bien sûr, j'ai mis 4 ou 5 étoiles à des albums comme ceux d' Amon Tobin, Of
Montreal ou LCD Soundsystem. Ces albums sont très bien en soi, mais ... qui aura véritablement envie de s'y replonger d'ici quelques années, peut-être même d'ici
quelques mois à peine ?
Bon ok, le Tobin est formidable, mais quitte à choisir entre lui et Fruteland Jackson, c'est sans hésitation que je choisirai le père
Jackson.
En plus d'être un musicien accompli, ce dernier s'est investi d'une mission.
"Activiste du blues", comme il aime à se décrire, il essaye de diffuser aux plus jeunes, à travers des cours, l'histoire de sa musique si triste et pourtant fondamentalement
joyeuse.

Le genre, on le sait, remonte à la tradition des griots africains et aux chants psalmodiés dans les cales des négriers. Le Congrès américain a néanmoins décidé
d'en fêter le centenaire et a même décrété 2003 "année du blues" !
Reconnaissance tardive du peuple états-unien à la nation noire ? Ou enterrement de première classe ?
Je ne saurai trop me prononcer. En effet, si on en reste au plan strictement musical, le blues semble depuis une dizaine d'années, connaître un véritable renouveau grâce à des musiciens tels
que notre ami, donc, ou Corey Harris, Lucky Peterson, Mighty Mo Rodgers, et bien d'autres encore. Tous, chacun à leur
manière, essaient de faire mentir cette idée reçue selon laquelle le blues ne serait qu'un club de musiciens disparus, parmi lesquels Robert
Johnson, Muddy Waters et Howlin' Wolf.
Par contre, certains "détails" me laissent à penser que ce sont encore et toujours les "Blancs" qui tirent les ficelles. En effet, pour la série de sept
films produite par Martin Scorsese et intitulée THE BLUES, on aurait pu imaginer que Spike Lee, John Singleton ou
quelque autre cinéaste noir nous offre son regard sur ce pan de l'histoire noire-américaine. Ce ne fut pas le cas. Les films furent signés, notamment, de Scorsese
lui-même, Wim Wenders, Clint Eastwood et Marc Levin. Vision blanche stéréotypée de la musique noire ou reconnaissance véritable ? Que chacun se
fasse son avis.
Essayons néanmoins de rester positif et considérons uniquement le blues sous son aspect musical. Force est de consater que, éclaté en de multiples sous-genres, tels que le country
blues, le blues-rock ou le zydéco (mélange louisianais de patois du 17ème siècle et d'accordéon), le genre est plus vivace que jamais.

Il est d'autant plus vivace quand il retrouve ses racines. Constatation qui me permet de revenir à notre artiste du jour, Fruteland Jackson.
Excusez-moi pour cette longue digression.
Fruteland est donc l'un des plus dignes représentants du blues américains et essaie de perpétuer la vitalité du blues acoustique en déclinant une musique en même temps
traditionnelle et contemporaine, celle des champs de cotons le long du Delta et celle du Piedmont (je vous parle prochainement de John Dee Holeman !).
Après divers métiers, c'est seulement au milieu des années 80, en triant la collection de vieux 78 tours de son père, qu'il découvre et s'immerge véritablement dans la "musique du diable".
Une véritable révélation qui le pousse même à apprendre cette musique en auto-didacte grâce aux oeuvres de Robert Johnson, Johnny Shines, Howling
Wolf, Muddy Waters, ...
La vie de Fruteland Jackson ne serait désormais plus jamais la même. La mienne non plus, d'ailleurs.

Je vous recommande bien entendu grandement la fréquentation des albums de Fruteland Jackson :
I CLAIM NOTHING BUT THE BLUES (2000)
BLUES 2.0 (2003)
TELL ME WHAT YOU SAY (2007)

Voici d'ailleurs trois extraits de ce nouvel album, dont une superbe "adaptation" (I won) au piano de Me and the devil, interprétée à
l'origine par le père du blues du Delta, Robert Johnson, ainsi qu'une reprise de l'universel You are my sunshine.
Bonne écoute !
My baby left me all alone
I won
You are my
sunshine
Tell me what you
say
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