Samedi matin, au boulot, j'ai fait ma petite promenade mensuelle sur le site de PopMatters
histoire d'y trouver quelques idées d'acquisitions et d'écoutes (tant qu'à faire !) alléchantes.
-C'est pas du boulot, ça !, me direz-vous.
-Ben si, la preuve, je suis payé pour, vous rétorquerai-je.
PopMatters, donc.
J'y ai trouvé un article intrigant, celui qui présente
Eparistera Daimones, premier album de Triptykon (à ne surtout pas confondre avec l'album de Jan Garbarek), publié le 22 ou 23 mars dernier, nouveau
projet du petit Suisse Thomas Gabriel Fischer aka Tom G. Warrior, fondateur des Hellhammer en 1983 mais aussi et surtout
leader-guitariste-chanteur dès 1987 des défunts Celtic Frost pourtant revenu aux affaires en 2006 avec le percutant Monotheist (en écoute
ICI) après 13 ans d'absence.
Eparistera Daimones ... A ma gauche les démons
...
Le
graphisme (?) de la pochette, réalisée par HR Giger (créateur de l'univers d'Alien), ne
laisse planer aucun doute. [Merci au Dr Franknfurter pour ces précisions.]
C'est du métal et, comme vous le savez, j'ai une sainte et stupide horreur du métal et de ses dérivés (black,
doom, grindcore, queercore, ...). Ce n'est pas tant que je déteste, mais je n'arrive que très rarement à en écouter sérieusement, trouvant le genre fort souvent inutile (impression de voir des
groupes sans véritables personnalités faire du copier-coller de bruit et de fureur, sans la moindre once d'âme) et ridiculeusement ringard (le grand méchant
qui éructe par-dessus des riffs de lourdes guitares et une batterie qui défonce tout).
La fréquentation de certains blogs (Playlist
Society, Brainfeeders & Mindfuckers, Dr Franknfurter entre autres) et l'acquisition récente par mon collègue de disques de ce genre honni m'ont amené, ces dernières semaines,
à revoir quelque peu mon positionnement.
Au moment de sa sortie, Monotheist ne m'avait pas déplu. J'avais dû en faire
une écoute unique et intégrale, ce qui signifiait pour moi pratiquement une adhésion ... même très lointaine.
PopMatters utilise les termes "claustrophobique, schizophrénique, ..." pour décrire
Eparistera Daimones. Avec de tels déguisements, ça vous suprend ? ^^
Soit, ça devrait plaire aux amateurs. Je mets donc le disque dans un panier de commandes et m'envoie le lien
de la chronique par mail. Ma curiosité est piquée.
Mon épouse est partie chez sa soeur avec les petites ce week-end. Je pourrais essayer de choper
Eparistera Daimones sur la toile et tenter l'expérience interdite.
Je trouve le disque en ce dimanche après-midi, hésite et décide finalement d'attendre encore quelques
heures avant d'en activer l'écoute.
Le soir venu, après avoir regardé le deuxième volet de Millenium, somme toute
pas trop mauvais même avec un doublage nous venant tout droit du Québec, je me lance.
Pas de surprise. Eparistera Daimones commence très brutalement avec un
Goetia long de 11 minutes 20. Presque K.O. d'entrée de jeu, je parviens néanmoins à passer le cap, plutôt agréablement, et me mets dans l'ambiance avec les morceaux suivants parmi
lesquels le ravageur Abyss In My Soul. C'est sombre, direct et efficace.
Surtout, je ne rigole même pas, pour une fois. Ce disque est impressionnant de lourdeur au bon sens du terme.
Les guitares sont gargantuesques mais pas si méchantes que redoutées. Je suis comme absorbé. Et c'est là qu'arrive, après Shrine qui fait office de petite respiration, le 5ème
morceau, le déchirant et monstrueux A Thousand Lies.
J'adore !
Les riffs s'enchaînent, tous plus violents les uns que les autres. Je sombre dans les abysses, consterné et
soulagé de me laisser aller à ce point. Myopic Empire avec sa coupure de rythme (passage au piano de 3'10 à 4'18) est effrayant et étonnant, mais je suis toujours
là.
Surgit alors My Pain, véritable graine de douceur chantée (si si ...) par une voix féminine
quasi-angélique qui fait écho aux choeurs de Grown In Ashes (tout un programme ! ^^) de Monotheist (rassurez-vous, je ne m'en rappelais pas ! Depuis 2006, quand
même ... Je viens juste de ré-écouter l'album. Violent, certes, mais avec quelques semblants de mélodies comme le très bel Obscured, anti-chambre de l'ultra-gothique My Domain
of Decay).
Inattendu, ce My Pain est, à l'instar du Shrine évoqué ci-dessus, une pause
bienvenue avant The Prolonging, final épique, apocalyptique, fascinant et schizophrénique (je plussoie la description d'Adrien Bengrand de
Popmatters) long de 19 minutes.
Je n'en reviens pas. J'ai tenu bon, je suis vidé, j'ai même bien accroché et j'en redemande.
Résumé du disque en trois mots : sombre, démoniaque et
jouissif.
A l'heure où j'écris ces quelques lignes, j'en suis à ma troisième écoute et c'est toujours aussi lourd,
puissant, laid mais surprenamment bon. Je dirais même que l'ensemble devient à chaque passage plus simple d'accès.
Serai-je en train de passer du côté obscur de la force ...?
(Ne le répétez surtout pas à ma dame.)
Cette plongée en apnée dans l'univers torturé de Triptykon se sera pour le moins révélée une
sacrée révolution pour mes oreilles !
Les titres des chansons sont en tout cas toujours aussi chouettes et continuent à me faire
sourire.
Les costauds Abyss In My Soul et A Thousand Lies sont disponibles sur
MySpace.
Un bonheur n'arrivant jamais seul, l'album est en écoute intégrale sur Deezer (qui le classe en pop, original
!), MusicMe (où la catégorisation reflète davantage la
réalité) et Spotify. La totale.
Une interview de Thomas Gabriel Fischer :
Commentaires